Au service de Monde

 

Chapitre 1 : L’aloe vera

L’aloe vera est une plante très connue des herboristes du nord-est des Terres d’Osgild. Son origine est incertaine, mais tous les guérisseurs de la région connaissent très bien sa capacité à combattre les maux intérieurs. Des quantités phénoménales poussent sur les bords des routes, de Panderium à Jarell et d’Illistar à Thorm. Sur l’une de ces routes, non loin du petit village de Pommodet, de terribles cris déchirent la nuit. Un feu éclair un groupe de personne rassemblés en cercle au milieu d’un amas de chariot dispersés en position de défense, un air inquiet sur le visage de chacun d’entre eux. Sous une tente, Alethra, herboriste et guérisseuse du groupe, donne la vie. A ses côtés, ses deux amies et acolytes s’occupent d’elle, et son amant, un grand aldaron les regarde, un air sévère couvrant son visage vaguement éclairé par une torche.

Quand enfin le bébé nait, une des apprenties guérisseuses se tourne vers l’elfe, le nouveau-né dans les bras. Après un moment d’hésitation, le père quitte la tente, traverse le camp et disparait dans la nuit. Le demi-elfe est alors confié à sa mère qui pleure, de joie, de tristesse, de frustration. Alors qu’elle regarde son fils comme la seule chose qui lui importe sur Terre, elle pousse un nouveau cri. Une terrible douleur la traverse du bas ventre jusqu’aux côtes. Laïma, la plus jeune des élèves attrape le bébé de justesse avant qu’Alethra ne retombe sur sa couche, à deux doigts de l’évanouissement. Non, elle ne peut pas laisser son enfant seul. Kathrin, sa deuxième apprentie est perdue, elle ne sait que faire. La tête d’Alethra bascule doucement vers le côté, ses yeux se pose sur cette plante qu’elle connait tant.

Kathrin, sauve-moi. 

Suivant le regard de sa maitresse, l’élève attrape une touffe d’herbe médicinale et prépare une mixture que son mentor lui a déjà fait concocter des dizaines de fois. Celle-ci est évanouie depuis quelques minutes quand l’onguent miracle est appliqué. Près d’une demi-journée plus tard, l’herboriste se réveille, sauve. Quand elle reprend son enfant dans ses bras, c’est avec un regard bien plus dur et déterminé que la première fois. 

Cet enfant soignera la déchirure qui balafre mon cœur comme l’aloe vera a soigné le mal qui m’a transpercé. Appelez le Aloeï.

Chapitre 2 : Feuilles et crayon

La caravane du Grand Nord est un rassemblement de personnes, de multiples espèces, provenant d’une contrée au-delà des montagnes de Keltium, au nord-est des Terres d’Osgild. Chassée par les violentes tribus orc, elles se sont habituées à vivre sur les routes, vendant biens et services, dans toute les villes d’Osgild. Depuis leurs arrivées sur ces terres, il y a plus de 20 ans, le groupe a accueilli de nouveaux membres, en a perdu certains et en a fait naitre quelques-uns, de telles façons que la caravane compte finalement une trentaine de personnes, venant autant des territoires nordiques, considérés comme bien lointains, voire légendaires par les osgildiens, que de la forêt tropicale de Luir-An-Doral, ou encore du terrible Désert de Tanith, à l’extrême sud-ouest. Saltimbanques, marchands, guérisseurs, mercenaires, on trouve véritablement toutes sortes de métiers au sein du Grand Nord. 

Parmi toutes ses personnes, un gamin d’une petite dizaine d’années s’amuse à sauter d’un chariot à un autre pour s’occuper lors d’un voyage reliant Port-libre à Salant, deux villes côtières très prolifique. Gambadant ainsi d’une carriole à une autre, il finit par rejoindre la charrette de sa mère, vers l’avant du cortège, s’assoit à l’arrière et fouille dans ses affaires, et en sort deux carnets précieusement enroulés dans une étoffe de jute destinée à les protéger de l’humidité. Dans le premier, il admire quelques instants la première page sur laquelle est dessinée un magnifique protecteur nain, armé d’un lourd marteau de guerre, le regard défiant celui de l’enfant. Avec un sourire, il tourne les pages frénétiquement pour trouver l’esquisse d’un loup tapis dans un sous-bois. Calant son précieux trésor entre deux sacs, il ouvre le deuxième carnet et, armé d’un fusain, tente de reproduire avec soin le canidé. Mais à peine a-t-il le temps de tracer quelques traits maladroits que la voix de sa mère l’interpelle.

Aloeï, prépare tes herbes et ton pilon, Laïma a besoin d’une potion contre le mal de tête pour son mari. Quand on s’arrêtera, je te montrerai comment trouver de l’Elanor dans les sous-bois.

Avec un sourire, le garçon range son outil et ses carnets dans l’étoffe, les coince dans son pantalon, et commence à rassembler plusieurs types d’herbes, attrape son pilon, et vient se poser près d’elle. Délicatement, il coupe les feuilles dans son récipient, et les ajoute au rythme que lui indique sa mère. Après un quart d’heure, un son de cor se fait entendre. Toute la caravane s’arrête et on commence à déployer le campement. Alethra goute la mixture préparée par son fils et, avec une moue satisfaite, lui demande de l’apporter à son ancienne apprentie. Avant de rejoindre ses compagnons de route, elle observe son fils s’éloigner, ses oreilles pointues frétillants de la satisfaction de la réussite.

Une heure plus tard, alors que chacun se repose, joue aux cartes, ou termine les dernières tâches de la journée, Alethra et Aloeï s’éloignent du campement ensemble. Alors que sa mère tente de lui apprendre de nouvelles combines d’herboristerie, le petit melessë ne pense qu’à une chose : la bosse qu’il sent sous sa chemise. Il faut qu’il trouve un moyen de se libérer pour dessiner. L’herboristerie l’intéresse, bien sûr, mais cela fait déjà près de 6 ans que sa mère s’évertue à en faire le meilleur pratiquant du continent. Alors que le dessin, il vient de le découvrir, et quelle passion ! 

C’est lors de son dernier séjour à Port-libre qu’il a découvert ce hobby. Cela faisait déjà quelques années qu’il aimait s’arrêter devant les échoppes d’artistes, avant que sa mère le rappelle à l’ordre. Mais cette fois, le dessinateur, qui se cachait derrière d’immenses toiles couvertes d’aquarelles aux couleurs resplendissantes, vint lui parler. 

Salut mon pti gars ! Si t’as des questions, hésite pas ! Je m’appelle Corin VerteVille du clan VerteVille, enfin plus ou moins. C’est moi qui ai fait tout ça !

Il s’agissait d’un halfelin, à la peau mate, portant une grosse barbe noire, comme un nain, mais des cheveux blancs, chatoyants au soleil. Après un moment d’étonnement, Aloeï se présenta et tout deux discutèrent près d’une heure. Finalement, le garçon remarqua qu’après tout ce temps, aucune réprimande ne lui avait été adressée. Regardant autour de lui, il remarqua que sa mère avait disparue. Effrayé, il s’excusa auprès du semi-homme, lui expliquant la situation. Il allait pour rejoindre sa caravane quand l’halfelin le retint par le bras.

Attend mon gars, prends ça ! J’ai l’impression de voir dans ton œil comme un vorace appétit pour le crayon. Pratique un peu et revient me voir quand tu seras en âge de décider. 

Il lui tendit deux carnets et un fusain. Aloeï prit le cadeau, remercia son nouvel ami sans prendre le temps de vérifier le contenu des carnets, et partit en courant. A son arrivé, c’est une tempête qui l’attendait à la place de sa mère. Après ce qui fut probablement la pire dispute de sa vie, Aloeï se refugia sur sa couche, sous le chariot, ouvrit le premier carnet, et découvrit les croquis de Corin VerteVille, du clan VerteVille. 

Il enjambait une racine quand ce souvenir lui traversa son esprit. Il s’en voulait d’avoir inquiété sa mère, mais ne pouvait s’empêcher de se dire que ça valait le coup, étant donné le trésor qu’il avait trouvé. L’esprit perdu dans le vague, son deuxième pied accrocha la racine et il s’étala de tout son long dans un bosquet d’orties. Sa mère se retourna et le regarda se débattre pour s’extraire de la plante urticaire. 

Aloeï, je vois bien que tu ne m’écoutes pas du tout. On va passer un marché : si tu peux me décrire toutes les préparations que tu aurais pu faire avec ces orties au lieu de te rouler dedans, je te laisse aller t’amuser pour la soirée. Et je veux la recette, les effets et les contre-indications.

Aloeï vit là une chance de s’échapper. En grattant chaque centimètre carré de sa peau, il récita sans la moindre interruption la leçon qu’il avait appris près de la ville de Maduk, des semaines auparavant. Avec un regard impressionné, Alethra le laissa partir. Fou de joie, le garçon trouva rapidement une souche confortable sur laquelle il put prendre le temps de terminer son loup.

Chapitre 3 : Les montagnes de Guilde

Pendant les cinq années suivantes, Aloeï conclu souvent ce genre de marché avec sa mère. Cela l’incitait à travailler correctement ses leçons d’herboristerie et d’alchimie -qu’elle avait finalement abordée-, afin d’avoir du temps pour ses dessins. Pendant cette période, la caravane traversa la forêt sombre plusieurs fois, passant par Keln et Thorm, elle avait passé beaucoup de temps sur la côte, et elle avait même poussée une fois jusqu’aux îles d’Ouister. Ça avait d’ailleurs été une période vénérée par le jeune demi-elfe car, sur un bateau, les leçons d’herboristeries étaient beaucoup plus rares. Pendant les trajets terrestres, il avait arrêté de passer le temps en sautant d’une charrette à une autre pour se consacrer tout entier à son fusain et son carnet.

Après avoir finit de recopier tout les dessins de Corin, il avait commencé à observer ce qui l’entourait. Il avait dessiné sa mère, ses amies, Polië, la jolie fille de Laïma. Il s’était finalement éloigné de la caravane et l’avait dessiné. D’abord chacun des chariots, avec ses détails, ses défauts, ses chargements, puis le cortège entier, avec le paysage. A chaque arrêt, il allait chercher de plus en plus loin, pour découvrir de nouveaux modèles, de nouvelles merveilles. Il profitait de ces expéditions pour trouver des plantes plus rares que la normale, ce qui lui permettait de rester dans les bonnes grâces de sa mère. Autour de ses quatorze ans, il lui arrivait de s’absenter des nuits entières, parfois pour trouver une cascade à dessiner avec le reflet du lever de soleil, ou le terrier d’un animal, à l’aurore. Il rentrait alors pour aider à ranger le camp et dormait toute la journée derrière sa mère. Jamais il n’avait retardé le départ de la caravane. 

La veille de ses quinze ans, la caravane avait posé son campement entre Rivek et Salmarez, au pied des montagnes de Guilde. Ce massif très peu exploré se trouvait au nord de la ville Guilde qui offrait un bastion contre les invasions goblines provenant du sud. On racontait que d’anciennes colonies naines avaient construit des villes dans ces montagnes, avant de les abandonner à cause de leurs fragilités. Cette histoire en tête, Aloeï attrapa son matériel, et s’élança hors du camp, espérant trouver un ancien édifice dvaergen. Il marcha plusieurs heures, droit vers le sud et les montagnes. Alors que le soleil se couchait, il passa une crête et se retrouva face à un spectacle qui lui coupa le souffle. 

Face à lui, une véritable forteresse de granit, enchâssée dans la montagne se dressait sur des dizaines de mètres. Quatre immenses statues représentant des rois nains encadraient l’ouverture à laquelle une porte de bois manquait. Un escalier de plusieurs centaines de marches descendait jusque dans le vallon pour disparaître sous l’épaisse forêt de sapin. Pour sublimer ce paysage qui en aurait déjà fasciné plus d’un, de gigantesques tentacules végétales étaient apparemment sortie de terre pour s’en prendre aux constructions centenaires. Elles s’enroulaient autour des statues, en transperçant même une, en décapitant une autre, elles entraient par la grande porte qui avait manifestement été défoncée, pour s’enfoncer dans les entrailles de la montagne. Après près de 10 minutes de fascination, Aloeï saisi son fusain, son carnet, s’assit sur une pierre et commença à capturer ce moment. Il ressentait quelque chose de nouveau devant cette vue, il n’aurait su dire quoi. Comme si ses doigts le chatouillaient alors qu’il prenait le temps de dessiner chacun des conifères de la vallée qu’il pouvait distinguer. Ses pieds le démangeaient quand il commença à remonter les tentacules vertes. Il sentait comme une chaleur s’emparer de chaque pore de sa peau quand il s’attaqua au liquide rouge qui semblait en suinter, comme si son sang se mettait à bouillonner. Quand il commença à tracer les contours des rois nains, il sentit un étau enserrer sa tête. Mais il devait terminer ce dessin. Il avait si mal. Il y avait tant à dessiner. Chaque détail devait être inscrit. Il ne s’aperçut pas quand la nuit tomba, ses yeux brillait de milles feux et il pouvait distinguer chaque parcelle de la vallée comme en plein jour. Ses mains commencèrent à saigner tandis qu’il agitait frénétiquement son fusain sur son support. Le sang qui en sortait lui glaça la peau. Finalement, il perdit connaissance.

 

Mais continua à dessiner.

 

Quand il reprit le contrôle de lui-même, le soleil brillait haut dans le ciel. Devant lui, la vallée présentait toujours le même paysage, mais semblait plus terne. Quand il baissa les yeux vers son travail, la splendeur de ce qu’il avait vu la veille lui sauta à nouveau dessus. Après quelques instants de contemplation, il prit conscience de l’heure, rassembla rapidement ses affaires et couru aussi vite qu’il pouvait vers le campement de la caravane. Bien sûr qu’ils l’attendraient, mais il s’en voulait de les retarder ainsi. S’il prenait trop de retard, ils devraient passer une nuit de plus dans la nature, au lieu de s’abriter derrière les hautes murailles de Salmarez. A bout de souffle, il traversa le bosquet au bord duquel ses amis l’attendaient et déboula à l’orée des bois en criant des excuses à qui voulait l’entendre.

Mais c’est un spectacle tout autre qui l’attendait. Devant lui, des dizaines de gobelins à la peau grise étaient occupé à griller de la viande au-dessus du feu que les caravaniers avaient eux même allumé la veille. Le temps sembla s’arrêter un instant. Les images qui se présentaient à Aloeï était inimaginable. Dans l’amas de viande grossièrement embrochée, il distingua une main sur laquelle il reconnu la bague de Laïma. Derrière les gobelins, la plupart des charrettes fumaient ou étaient encore en feu. Des cadavres jonchaient le sol, la terre était gorgée de sang. Il reconnaissait chacun des visages qui passaient dans son champ de vision. Fitar, le jongleur, Tyr, le ménestrel, Polië et… sa mère, la tête embrochée sur une pic.

Puis son regard croisa celui des gobelins. Probablement aussi surpris que lui, ils avaient marqué un arrêt dans leurs activités. Puis, lentement, la réalité se remis en marche. Les monstres attrapèrent épées, masses, sabres, dagues et se lancèrent à sa poursuite. Aloeï poussa un cri et fonça se cacher sous les arbres. L’adrénaline le faisait presque voler au-dessus des racines et des broussailles, mais il sentait vite la fatigue le gagner. Il n’avait pas dormi depuis plus de 24 heures et était revenu en courant. Il entendait les cris stridents des créatures qui se rapprochaient. Sur le point de s’abandonner à une horrible mort, il aperçu devant lui la troisième vision incroyable de cette journée qui marquait manifestement un tournant majeur dans sa vie. Un guerrier énorme, lui faisait face dans une armure dorée étincelante. Il tenait à la main une épée bâtarde adaptée à sa taille et sa carrure, étincelant d’une lumière forte. Une splendide tête de reptile couronnait l’armure. Sans un mot, il saisit Aloeï au collet pour l’envoyer voler dans les branches du chêne devant lequel il se tenait. Avant de s’évanouir, le garçon vit l’homme-lézard manier son arme avec une adresse hors du commun pour se débarrasser de la horde de gobelin. Une petite tête grise passa à un mètre d’Aloeï, ce fut trop pour lui : il se laissa aller et s’évanouit. 

Chapitre 4 : L’homme-dragon

Pendant trois jours, Aloeï fut torturé par une série de cauchemars et de terreurs nocturnes. Coincé dans son sommeil, il ne pouvait que subir l’exécution de chacun de ses proches en boucle. Décapités, étranglés, écartelés, brulés vifs, il eu une démonstration de toutes les méthodes que les gobelins avaient utilisé. De temps à autre, deux cauchemars étaient séparés d’une vision de la forteresse naine, comme si celle-ci voulait le protéger. Puis les songes reprenaient. Finalement, il fut réveillé par le bruit de la marée. Avait-il été victime d’un sortilège qui prenait fin ? Ou était-ce juste le résultat du traumatisme qu’il venait de vivre ? Il n’en n’avait aucune idée. Mais pour le moment, c’était terminé. 

Il se redressa péniblement sur sa couche. Il se trouvait proche d’un feu de camps, sur une plage. La lueur de l’aurore éclairait des bateaux de pêcheurs, au large. De l’autre côté du foyer, son sauveur dormait paisiblement. Il prit plus de temps pour l’observer. Son corps était d’un blanc nacré de la plante de ses pieds jusqu’à son museau. Là, il prenait soudainement une couleur bleue nuit. Quelques tâches de la même recouvrait de petites parties de son corps. Sa mâchoire puissante cachait probablement une rangée de dents aiguisée. Ses oreilles n’étaient que deux trous de part et d’autre de sa tête, mais une paire de corne partait du sommet de son crâne pour redescendre le long de son cou. La légende des drakéides revint alors à l’esprit d’Aloeï. Des hommes-dragons, et non des hommes-lézards. Des hommes-dragons. Jamais il n’avait cru en ces histoires. Et maintenant, il en avait un face à lui. Quand les paupières de l’inconnu se soulevèrent soudainement, c’est deux minuscules yeux entièrement noirs qui le fixèrent.

Tu es réveillé. J’étais inquiet.

Il se redressa et commença à attiser le feu. Le regard d’Aloeï se porta alors sur l’équipement du drakéide. A ses côtés reposait l’armure qui l’avait ébloui dans la forêt. Dorée et argentée, elle portait des représentations d’ailes de dragons sur les épaules, comme un hommage aux ancêtres du guerrier. L’épée était planté dans le sable à portée de main du demi-dragon. Aloeï en admira la lame qu’il avait vu briller de mille feux, remonta son regard jusqu’à la large garde où était gravé un cerf aux bois fleuris. 

Qui êtes-vous ? Pourquoi m’avez-vous sauvé ?

Les questions avaient fusé, sans qu’il ne puisse les retenir. Son sauveur arrêta un moment de remuer le feu, leva les yeux vers lui et posa son bâton à côté de lui.

Je m’appelle Ilzaach, je suis paladin au service du dieu Monde. Le conseil de Thorm a demandé à mon ordre de partir combattre le mal, au sud. Sur la route pour les rejoindre, je suis tombé par hasard sur toi, en pleine nuit, en train de dessiner à t’en faire saigner les mains. Je t’ai demandé ce que tu faisais là, mais tu ne m’as pas répondu. Je me suis approché, tu ne m’as pas entendu. Je me suis posté devant toi, tu ne m’as pas vu. Alors j’ai décidé d’attendre que tu sortes de ta transe, puis je t’ai suivi discrètement pour savoir qui tu étais. Si tu avais été une engeance du mal, j’aurais dû te détruire. Mais quand je t’ai vu fuir face aux Gobelins  quand j’ai vu toutes ces émotions sur ton visage et dans ton regard, j’ai compris. Tu as connu la première étape de l’Eveil Aloeï.

Le demi-elfe sursauta.

Comment connaissez-vous mon nom ?

Le paladin se leva, un sourire aux lèvres et commença à rassembler ses affaires.

– Tu signes tout tes dessins. Joli talent que tu as là par ailleurs ! Bon, je dois continuer vers le sud, mes compagnons m’attendent à Guilde. Toi, continue à suivre le rivage, tu arriveras à Salmarez dans trois heures si tu tiens un bon rythme.

– Quoi ? Non ! Ne m’abandonnez pas ! Laissez-moi venir avec vous ! Je pourrais servir ! Je n’ai plus personne ! Vous devez m’expliquer ce qu’est l’Eveil ! 

 

L’homme-dragon avait déjà fait quelque pas. Il s’arrêta, baissa la tête un instant, songeur, puis la releva vers le ciel.

C’est toi qui me l’envoi ce gamin ? 

Sans se retourner, il fit signe à son nouvel apprenti de le suivre.

Chapitre 5 : Un mauvais souvenir

Aux yeux d’Aloeï, son nouveau maitre semblait inépuisable. Pendant les dix jours qui suivirent, celui-ci ne dormi que quelques heures par nuit, allant jusqu’à porter le jeune demi-elfe quand il faiblissait. Il lui parla de son ordre, du dieu Monde, de chacun de ses compagnons et de leur mission. Puis il lui parla de l’Eveil et de la transe qu’il avait vécu. Aloeï n’arrêtai pas de l’interrompre pour lui poser de nouvelles questions ou demander des précisions. Pour lui, c’était comme redécouvrir le monde. Il avait croisé des dizaines de guerriers puissants aux regards sévères dans chacune des villes qu’il avait traversé, mais jamais il n’y avait fait attention. Ils n’étaient pas de son univers, ce qu’eux vivaient sur les champs de batailles, jamais il ne le vivrait lui-même. 

Sur leur droite, le golfe des Nénuphars défilait lentement. Quand la brume matinale disparaissait, ils apercevaient les îles du même nom. Sur leur gauche, les montagnes de Guilde les surplombaient. Après l’expérience qu’Aloeï avait vécu, elles paraissaient encore plus mystérieuses et dangereuses.  Ils ne parlèrent plus de l’évènement qui les avait rassemblés, mais le jeune apprenti faisait encore des cauchemars toutes les nuits.

Quand Ilzaach eu l’impression que le jeune garçon commençait doucement à se remettre, il commença l’apprentissage d’écuyer qu’il avait prévu de lui donner. S’il devait le suivre partout, autant lui donner une utilité. Plus tard il servira probablement le dieu Monde, mais tant que l’Eveil ne se manifestait pas pour de bon, il était inutile de presser les choses. Il lui montra comment s’occuper de son armure, comment polir l’énorme espadon qu’il portait dans le dos, il lui expliqua comment se tenir aux côtés de son maître, comment regarder ses supérieurs et comment montrer son respect. Il commença également à lui enseigner les bases du combat : pose, maintien de l’arme, coups classiques. A chaque pause, Ilzaach réveillait son élève qui dormait sur son dos pour le faire pratiquer. 

Au matin du huitième jour, le drakéide se réveilla en sursaut : quelque chose avait bougé. Il réveilla Aloeï en vitesse, lui confia son épée courte et lui ordonna de se planquer derrière un rocher. A peine avait-il esquissé un mouvement qu’une dizaine de gobelins surgirent des fourrées. Ilzaach poussa un soupir de soulagement avant de s’en débarrasser sans la moindre difficulté. Quand il se tourna vers le rocher pour dire à son apprenti de sortir de sa cachette, il vit celui-ci à l’endroit où il l’avait laissé, complètement immobile, l’épée à ses pieds. Il comprit immédiatement ce qui se passait. En posant la main sur le front du demi-elfe, il murmura quelque mot et celui-ci s’endormit immédiatement. 

Quand il se réveilla, Aloeï vit qu’ils avaient changé de campement. Le paladin le regardait. 

Ecoute moi bien Aloeï. Le temps que tu n’auras pas vaincu ce démon qui est en toi, tu ne devras jamais te retrouver confronté aux gobelins. Tu y perdrais la vie. Je connais des personnes qui pourront t’aider. D’ici à ce que tu les rencontres, je t’enseignerai ma voie. Maintenant dors. 

Chapitre 6 : L’ordre du Monde

La petite équipe de paladin était installé au bord d’un plateau, non loin de Hauteroche. De là, elle surplombait la ville envahie par l’ennemi. Baern, seul nain du groupe, s’occupait de mettre en route un petit feu afin de faire cuire les biches chassées par Fai et Lian. Les deux frères provenaient d’un royaume humain lointain, à l’ouest, de l’autre côté de l’océan Pélurique. Ilzaach supervisait le travail de son apprenti. Cela faisait quatre ans que le demi-elfe accompagnait cet étrange groupe. Il avait appris le combat à l’épée, au marteau, connaissait le panthéon sur le bout des doigts, l’histoire de chacun des dieux, et il avait ébahi son professeur quand ils étaient arrivés à l’étape cruciale des premiers secours : aucun travail n’était à faire de ce côté-là, il se débrouillait comme un chef. 

Quand ils avaient débarqué sur le continent sud, trois semaines plus tôt, cela faisait des mois qu’ils n’avaient plus aucune nouvelle des armées du nord. Guilde avait été reprise par leur seuls efforts, comme si leurs commanditaires n’en avaient que faire. Par chance, l’armée d’orcs et de gobelins qui l’occupait avait préféré garder les habitants prisonniers plutôt que de les exterminer. Pendant plus de trois ans, les quatre compagnons lançaient des raids discrets afin de réduire les effectifs de leurs ennemis, ainsi que pour préparer une révolte intérieure. Finalement, à la fin du dernier hiver, ils ont lancé le plan qui s’est déroulé à merveille. Les prisonniers armés ont réussi à surprendre leurs geôliers et les paladins se sont attaqués directement à l’état-major. Suite à cette victoire, ils se sont directement dirigés vers le sud, espérant sauver de nouveaux innocents sur les terres occupés par les forces ennemies.

Comme l’éveil du garçon tardait à venir, Ilzaach avait décidé de prendre les devants et de lui enseigner la théorie. A peine débarqué sur ce nouveau continent, qu’il prit Aloeï à part.

Ce que je vais te dire est très important. Ton éveil ne semble pas encore se manifester. Tu dois garder en tête qu’il y a autant de façon d’être éveillé que de personne éveillée. Ce processus peut être immédiat, foudroyant, ou prendre des heures, voir des jours. Nous allons bientôt devoir nous séparer : l’armée que nous combattons est bien trop importante pour être dirigé par des orcs. Leur chef est puissant, et tu ne pourras pas nous accompagner. Je vais donc commencer dès maintenant à t’enseigner la magie. 

Il y a plusieurs façons d’utiliser cette énergie. Les magiciens et les ensorceleurs l’utilise de façon naturelle, la puisant du plus profond d’eux même, ou de la nature. Les paladins de l’ordre du Monde utilisent des focalisateurs. La magie est moins intuitive pour nous autre, nous sommes d’abord des combattants. Chacun des sorts que tu apprendras nécessitera un focalisateur, tu devras en choisir la forme. Baern utilise les runes de son peuple. Pour ma part, je façonne des bagues avec mon souffle. Il faut que tu ais un lien fort avec ton focalisateur. Commence à y penser, nous devons lever le camp.

Ilzaach se leva, mais Aloeï ne bougea pas. 

–  Ecoute, je sais que c’est beaucoup à encaisser mais…

–  Mes dessins. C’est le seul lien qu’il me reste avec mon ancienne vie. Et ils représentent un accord avec ma mère. Je ne trouverai rien de plus intime.

Après une courte réflexion, Ilzaach approuva d’un sourire et rejoignit ses compagnons qui rangeaient leurs affaires.

L’année suivante fut beaucoup plus consacrée aux dessins et aux leçons qu’au combat. Aloeï passa des heures à se concentrer sur ses carnets, les conseils d’Ilzaach en tête.

Tu dois laisser tes émotions prendre le contrôle de ta main.

Tu dois te détendre.

Tu dois te concentrer.

C’est la seule chose que tu puisses faire avant l’éveil, alors persévère.

Après des mois d’essais sans avoir sentit la moindre émotion réellement guider sa main, le jeune élève était au bord de l’abandon. Il imaginait que la sensation devait probablement être proche de ce qu’il avait vécu lors de sa transe, mais il n’était même pas sûr de se rappeler de cette sensation. 

Au bord du plateau, alors que le soleil se couchait, Aloeï avait laisser tomber ses exercices et reproduisait la ville de Hauteroche sur son carnet. Quand Fai et Lian étaient revenu de leur mission, en fin d’après-midi, ils avaient pris leur chef à part pour lui parler d’un ton grave en jetant des coups d’œil régulier à l’apprenti. Après une longue conversation, Ilzaach s’était approché de lui et lui avait expliqué que les renseignements que les frères avaient ramenés étaient très prometteuses. La prochaine mission nécessitait les quatre paladins, serait longue, très périlleuse, mais pouvait mettre fin à l’invasion. Ils allaient donc le confier à un ordre de moine vivant un peu plus au nord, dans les montagnes qui bordent la mer des Roseaux. Là, hors d’atteinte des gobelins, il pourrait exercer en paix, et il pourrait même apprendre à contrôler sa phobie. Sans lui laisser le temps de réagir, le drakéide lui ordonna d’aider Baern à rassembler du bois pour le feu, après quoi ils passeraient à l’entrainement.

Quand il s’était retourné, Aloeï aurait juré voir une lueur humide dans les yeux de son maître.

Chapitre 7 : Arrivée au temple

Le lendemain, le petit avait quitté son emplacement avant le lever du soleil, en direction du nord. Le temple dans lequel Aloeï devrait les attendre se trouvait à une semaine de marche. Après son annonce, Ilzaach était devenu beaucoup plus distant. Il marchait devant, menant la troupe d’un pas soutenu et scrutant les environs à l’affut du moindre danger. Toute la semaine, il évita le regard de son apprenti, laissant à ses compagnons le soin de s’occuper des leçons. Quand ils arrivèrent en vue de leur destination, au matin du septième jour, il posa enfin ses yeux noirs sur le demi-elfe. 

 

Nous reviendrons.

Il l’étreignit une longue minute, puis se leva et revint sur ses pas, attendant son équipe un peu plus loin. Baern offrit à Aloeï une rune qu’il avait gravé pendant le trajet, en gage d’éternel respect. Les deux frères lui confièrent un lapin chacun qu’ils avaient chassé un peu plus tôt dans la journée, pour la journée de marche qui restait. Après leurs adieux, Aloeï les regarda rejoindre leur chef. Fai posa une main compatissante sur l’épaule du drakéide qui repris la marche, la tête légèrement baissée. Quand ils eurent disparu, le demi-elfe se tourna vers le temple.

L’édifice ressemblait à un amas de dizaines d’habitations, tours et extensions indéfinissables, rassemblées sans aucune logiques au bord d’un ravin. Une étrange beauté émanait de ce lieu. Aloeï s’arrêta un instant pour en dessiner une esquisse, puis repris sa marche.

Il frappa à l’immense porte en bois alors que le soleil se couchait. Après quelques minutes, Quelqu’un vint lui ouvrir. Un gnome au crâne dégarni et au regard fatigué apparu. Il semblait avoir tiré le battant qui devait peser des dizaines de kilos sans le moindre effort. Il regarda Aloeï sans dire un mot, de haut en bas. Celui-ci prit alors la parole.

Je viens de la part du paladin Ilzaach, de l’ordre du Monde. Il est parti éradiquer la menace qui grandit au sud et m’a ordonné de l’attendre ici. Il m’a dit que vous seriez en mesure de m’aider à combattre mes démons.

Toujours sans mot dire, le gnome ouvrit la porte en grand et s’enfonça dans le temps. Aloeï le suivit, fermant difficilement la porte derrière lui. Le moine le mena jusqu’à une petite pièce où un quignon de pain, une cruche d’eau et une couche de jute l’attendaient. Il lui indiqua la pièce et reparti. Epuisé, le demi-elfe se coucha sans prendre la peine de manger.

Il fut réveillé alors que la lune était encore haute dans le ciel. La porte de sa cellule était ouverte et il entendait une respiration dans le couloir. Instinctivement, il chercha son épée qu’il avait laissé près de lui, mais ne la trouva pas. Il se leva alors avec méfiance. Quand il atteint la porte, la respiration s’éloigna dans le couloir. Il la suivit pendant une dizaine de minute pour se retrouver finalement sur une terrasse. Là, une petite forme l’attendait. Il reconnut la silhouette d’un halfelin qui tenait son épée. Il se retourna et avec un petit rire lança l’épée derrière lui, dans le vide. 

Pas d’arme dans ce temple.

Aloeï se précipita au bord de la terrasse et regarda par-dessus le parapet juste à temps pour voir son épée disparaître dans les eaux noires d’un lac, des centaines de mètres plus bas. Une larme coula.

C’est tout ce qu’Ilzaach m’avait laissé. 

D’un coup, le visage de l’halfelin se durcit. Il infligea un léger coup à Aloeï qui s’envola pourtant sur plusieurs mètres et retomba lourdement, soulevant un nuage de poussière ocre. Il se redressa immédiatement, près à se mettre en position de combat, mais son adversaire était déjà sur lui et le maintint au sol à l’aide de son pied. Malgré ses 40 kg et son mètre de plus, le demi-elfe était parfaitement incapable de bouger. 

Je connais très bien Ilzaach. S’il était ton maître, il t’a laissé beaucoup plus que ce que représente un simple bien matériel comme cette épée. Respecte-le un peu veux-tu ? S’il t’a envoyé ici, c’est qu’il veut que je te procure un enseignement. Alors redresse toi et dessine maintenant. 

Pendant qu’il parlait, il avait levé son pied, mais la force qui maintenait Aloeï au sol avait persisté quelques instants. Il sorti de sa tunique le carnet et le fusain de son nouvel élève et lui tendit. Celui-ci les saisit, sans un mot. Il sentait quelque chose de nouveau. Une confiance et une reconnaissance envers son ancien maitre. De l’admiration pour le nouveau. Son esprit et son cœur était bousculé par une tempête de sentiments, sensations, émotions… 

Il regarda la lune. Il regarda le lac. Il regarda le temple. Il regarda son maitre. Il ferma les yeux et dessina. Comme lors de la transe, sans y réfléchir. Mais cette fois, il était conscient. Il sentait la brise du vent, le regard de l’halfelin, les aspérités de la feuille que rencontrait le fusain. Sous les yeux du moine, le dessin prenait forme. D’abord la lune, pleine, énorme, elle semblait remplir la page par sa splendeur. D’un de ses cratères, une rivière jaillissait pour s’écouler le long du satellite et tomber en cascade vers une forêt de conifère. Là, une clairière accueillait l’eau dans un petit étang. Le dessin était simple, mais précis, étincelant, magnifique. L’eau semblait véritablement couler, la lune tourner. Des ondes paraissaient s’éloigner de la cascade à la surface de l’eau. 

Avec un sourire, l’halfelin quitta la terrasse. L’élève du drakéide avait réussi son premier artefact. Lorsqu’il sortit de sa transe, Aloeï était seul depuis plusieurs heures.

Chapitre 8 : Un nouveau monde

Aloeï resta quatre ans et 8 mois au temple. Il suivait les instructions de ses maitres sans jamais se plaindre ou se poser la moindre question. L’approche monastique du monde était encore différente de tout ce qu’il connaissait. Il découvrait donc son environnement une troisième fois. Cette fois, l’entrainement consistait en de longues périodes de méditation et d’introspection, parsemées d’entrainement au combat à mains nues. Les moines le forçaient à revivre la nuit de la mort de sa mère, mais cette fois, en attaquant les gobelins. Il savait se battre, il fallait s’en servir. La phobie n’est qu’une maladie de l’esprit. Tout ce qu’Aloeï avait à faire était de comprendre comment fonctionne son esprit pour ne faire qu’un avec. Il pourrait alors combattre le démon de la peur. 

Lors de la seconde année de son apprentissage, Milo, le moine supérieur du temple qu’il avait rencontré lors de sa première nuit, lui avait expliqué que, une fois la transe passée, en rassemblant les bonnes conditions, l’éveil pouvait être provoqué. Le lendemain, il réveilla son élève en enfermant un gobelin avec lui dans sa cellule. Celui se jeta sur le demi-elfe, tétanisé. Il ne bougea pas quand l’horrible créature lui mordit le bras. Ni quand elle lui griffa le visage. Mais, alors que son ennemi, étonné que sa victime n’esquisse le moindre geste, s’intéressa à ses yeux, il fut transpercé d’une douleur incommensurable, comme si chacun de ses membres, de ses organes, était frappés d’un tisonnier, puis refroidi par un souffle glacial. Une vague d’énergie repoussa le gobelin qui s’envola contre la porte, l’ouvrant à la volée. Dans le couloir, Milo n’eu pas le temps de réagir que la paume de Aloeï atteint le sternum de son ennemi. Après un sursaut, celui-ci ne bougea plus. L’élève se redressa, posa la main sur ses blessures, et une lumière les firent disparaître. Au plus profond de son être, il entendit comme un murmure.

Monde.

Cette démonstration avait beau être impressionnante, Aloeï ne maitrisait pas encore le ki. Cette forme très particulière de la magie que les moines utilisent pour se défendre nécessite des années d’apprentissages et de méditation. Il pouvait cependant enfin mettre en pratique toute la théorie qu’Ilzaach lui avait enseigné. Les années suivantes, il redoubla d’effort dans son entraînement. Son unique but était d’allier les connaissances et les capacités que lui offraient ses deux formations pour pouvoir suivre et rendre fier le drakéide quand il reviendrait. 

Avant son Eveil, il n’avait jamais réellement compris pourquoi le dieu Monde avait une place si importante dans le cœur de ses compagnons de voyage. Il représentait de belles choses, certes, mais d’autres dieux du panthéon étaient également intéressants. Quand le dieu c’était présenté à lui, il avait compris. Un immense volet s’était ouvert dans son esprit, ouvrant sa vision à un pan entier de sa vie qu’il avait jusque là ignoré. Les valeurs qu’Ilzaach lui avait inculquée, devoir, honneur, compassion, courage et honnêteté était maintenant si claire. Elle poussait chacun d’entre eux à protéger le monde, dans son ensemble. Chaque personne, chaque pierre, chaque parcelle créée par le premier dieu méritaient d’être sauvegardées. Pour les paladins de l’ordre du Monde, il est naturel de protéger Sa création.

Depuis son Eveil, une phrase de Ilzaach avait refait son apparition dans l’esprit d’Aloeï et resterai gravée à jamais.

Quand tu comprendras ça, tu seras un paladin de l’ordre du Monde, notre égal.

Epilogue : Un nouveau départ

L’air était encore frais pour la saison en cette matinée. Aloeï méditait sur la plus haute terrasse du temple. Le silence était parfait, il n’entendit cependant pas Milo arriver. Sa voix le fit sursauter.

– Tu dois partir Aloeï. 

– Pardon ? C’est impossible.

– Si. Nous avons reçu un message de Clairval. Le prêtre Karoom a terminé de bâtir un temple, au nord-ouest du pays. C’est un très bon ami que j’ai rencontré il y a plus de vingt ans. Je ne peux cependant pas me rendre moi-même à l’inauguration. Tu iras donc en mon nom.

– Non, je dois attendre le retour de l’ordre ! Ils ont dit qu’ils reviendraient !

– Aloeï… Ne rend pas ça difficile s’il te plait. A l’automne, ça fera cinq ans. 

– Je ne peux pas les abandonner, j’ai promis de les attendre.

– Tu ne vas pas passer ta vie ici, les demi-elfes atteignent des âges très avancés tu sais. Tu dois partir. Et tu ne les abandonnes pas : s’ils sont encore en vie, tu les retrouveras un jour. Si en revanche ils n’ont pas survécu, tu feras vivre l’ordre du Monde. 

Aloeï, songeur, s’approcha de la rambarde. Ils avaient déjà abordé le sujet, mais jamais les mots n’avaient été aussi clair. Une larme roula sur sa joue. Il observa l’horizon, la mer qui s’étalait à ses pieds à perte de vue, les premières îles Nénuphars qu’il distinguait comme de minuscules points à l’horizon. Le monde l’entourait. Il devait être protégé. Il se retourna finalement vers son maître.

Quand ils reviendront, envoyez-les-moi, où que je sois.

L’halfelin acquiesça avec douceur et quitta la terrasse.

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