Toro Toro

Nous avons probablement tous des souvenirs impérissables. Des évènements, ou même des pensées, survenus des années auparavant, dont on se souvient parfaitement. Pour moi, par exemple, le projet dont je parlais à Lima, Le Monde d’après, est basé sur le souvenir d’un rêve que j’ai fais quand j’étais au collège. Il m’est resté en tête longtemps, puis, un jour, j’ai imaginé un monde autour de ce rêve.

Mais c’est d’un autre souvenir dont je voulais parler aujourd’hui. Il y a bien longtemps, probablement au moins 10 ans, j’étais en vacances à la montagne, en Savoie, avec ma famille. Pendant une randonné, mon père me dit, à moi et à mon frère.

« Tu vois gamin, un truc que j’aimerai faire un jour, c’est pointer un sommet et dire : Allé ! Je vais là bas ! Et y aller, peu importe le temps nécessaire. »

Bon, je romance un peu, je suis à peu près sûr qu’il ne nous appelait pas Gamin. Mais l’idée est là. Et l’idée est plantée . Et pendant des années, l’idée a germée dans ma tête. À chaque fois que je voyais un sommet, l’idée revenait.

Un objectif, une paire de pompe, un sac et c’est parti.

Des années après, j’apprends par hasard que cette discipline -est une discipline, déjà- et est appelée Free ride.

Avançons encore de quelques mois, et je me retrouve au milieu du parc national de Toro Toro, en Bolivie. Et des sommets, ici, y en a pléthore !

Musique

Chapitre 1 : L’arrivée

Toro Toro, c’est deux choses : un parc national, comme je le mentionnais previouslyment, et une ville. Ou plutôt un village. Vous le verrez un peu plus loin, c’est vraiment pas grand-chose. Je vais très rapidement passer sur la ville, pour m’attarder sur le parc.

20% de guides touristiques, 80% de locaux, pour 100% de population complètement beurrée le jour de notre arrivée. Nous avons appris sur place que c’était l’anniversaire de la fondation du bled. Alors forcément, ça implique un défilé et beaucoup d’alcool.

Voilà pour le village.

Ah oui, et ça, c’est la mairie

Du côté du parc, on a des choses bien plus intéressantes…

Bon, première chose, pour atteindre cet endroit il faut rouler au travers d’un chantier de 100km de long. Je déconne pas hein, ils ont décidé de refaire la route, pourquoi pas, sauf qu’au lieu de faire par portions, ils ont tout degommé sur toute la longueur et maintenant les travaux avancent au ralenti.. Et nous on met 5h30 pour y aller, au lieu de 2/3 heures… voilààà, c’est cooool…

Mais ça vaut le coup…

Une fois arrivé, la première chose à noter, c’est le Rumi Kipu. C’est un eco-hotel dans lequel nous avons séjourné pendant les quatre jours passés dans le parc. Délicieuse nourriture, eau chauffée au solaire, majorité des produits faits maisons, plus de 70 arbres fruitiers… bref, le paradis de l’autonomie !

À noter cependant que la coupure d’électricité est une possibilité, ils ne sont pas encore en totale autonomie, la faute au prix des panneaux solaires… Mais nous, ça ne nous a posé aucun soucis : vivre avec le soleil, c’est super agréable, et ça fait des grandes journées !

Chapitre 2 : En bas

Normalement, il faut savoir qu’il n’est pas super super autorisé de se balader sans guide au milieu des sites “remarquables” du parc. Sauf que le canyon en face du Rumi… C’est un canyon tout ce qu’il y a de plus simple, donc ça nous gonflait un peu de payer pour avoir un guide à suivre sur un sentier et l’écouter dire

Alors là, y’a des cailloux, c’est cool.

Mais comme je le disais tantôt, il y avait un chouette défilé au village ! Et beaucoup d’alcool ! La conséquence, c’est que les gardes parc étaient cooooompletement bourrés. Et c’est même pas exagéré, nos chers hôtes sont descendu au village le lendemain matin, le village lui même avec un atroce mal de crâne !

Bref ! Les gardes étants ivres d’alcool, la voie était libre pour tranquillement déambuler au milieu d’un canyon de plus de 300 mètres de profondeur. Le fond du bazar étant rempli de caillou allant de 10 grammes à 10 tonnes (à une vache près, j’ai pas emmené ma balance), nous n’avions plus qu’à crapahuter, à sauter de caillou en caillou, ou encore d’explorer chacune des grottinette que nous croisions (des petites grottes).

C’était….. coolcoolcoolcoolcool!

Baptême d’Alfonso

C’est une fois la nuit tombée que nous avons finalement décidé de remonter au Rumi. C’est sur ce trajet que nous avons croisé l’arbre de la volonté, car il aurait fendu le rocher en deux.

Chapitre 3 : En haut

Le deuxième jour, nous avions rendez-vous avec un guide à 7h30, au Rumi, pour aller explorer une caverne.

7h15, nos hôtes, Anne-Marie et Alfonso remonte du village et nous annoncent que la moitié des habitants sont encore ivre mort, il est possible que le guide ne vienne jamais.

8h00, toujours pas de nouvelle.

9h00, nous décidons de prendre une gourde, un chapeau, et de marcher jusqu’au pic, là bas.

Comment ça, ça manque de précision. Oui bon, OK, ce pic là :

Pardon pour la flèche cheap

De plus près

Petit rêve, j’arrive !

Compte tenu de la forme particulière de cette chaîne de montagne, nous avions initialement prévu de monter par le “côté”, par rapport à notre position, car il serait moins abrupte.

Mais plus nous approchons, plus nous repoussions le moment où il faudrai se diriger vers le dit côté. Finalement, alors que nous n’étions plus qu’à une trentaine de mètre de la partie la plus verticale de la montagne, j’indique à Daniel une fissure qui court le long du flanc.

“En fait, on pourrait passer par là, ça serait rigolo.”

Ça c’est lui

Ça c’est moi

Et ça est nous

Donc là, c’est le moment où ma mère me tue. Sauf qu’elle n’est pas là.

Alors on y va. 😀

C’était super cool : une petite escalade tranquille, sans difficulté, il ne fallait simplement pas avoir peur du vide.

La montagne d’à côté

L’arrivée au pic à été vraiment magique. Le mélange de la fierté d’avoir accompli cette montée, de la réalisation d’un rêve et du paysage sur toute la vallée… C’était fou.

Rebaptême d’Alfonso

Après une jolie pause à contempler le paysage et les oiseaux qui nous observait avec appétit, nous sommes redescendu en suivant un petit court d’eau, dans lequel nous avons fini par nous baigner.

En bref, une sortie au poil.

Chapitre 4 : R-en haut

Les deux prochains chapitres seront quasiment démunis de photos car, étant à court d’électricité au Rumi Kipu, j’économisai au maximum ma batterie de téléphone.

Au troisième jour, nous sommes descendu au village pour trouver un groupe de touriste auquel se greffer afin de partir explorer Cyudad de Itas, ce qui veut dire à peu près “La ville de pierre des géants“.

Un des géants : une tortue observant l’horizon nuageux

À peu près.

Bon, pour le coup, j’ai pas grand chose à dire dessus, c’était une chouette balade, y’avait des cailloux, comme la tortue ci-dessous, je me suis arraché un bout de doigt sur l’un d’eux en voulant grimper, et j’ai failli me tordre la cheville en redescendant d’un autre, un peu haut… Bon voilà, la base, rien d’incroyable quoi…

Chapitre 5 : R-en bas

Après un gentil déjeuner au milieu de rien -toujours pas de photo sorry-, nous nous sommes rendu en un lieu, ma foi, fort surprenant :

Umajalanta

Il y a deux ans, j’ai fais de la speleo pour la première fois. C’était vraiment incroyable. Après une marche d’approche d’une dizaine de minute dans une très jolie forêt, au milieu des Pyrénées, le guide s’arrête.

Voilà, on y est.

Chacun regarde autour de nous, en haut, à gauche, à droite, en bas… À quelques pieds, un trou de moins d’un mètre de diamètre nous fournissait un accès vers les entrailles de notre chère terre. Bieeeen. Eh bah c’est parti, on s’enfonce là dedans, et on kiffe.

Umajalanta, c’est un autre style d’entrée.

Photo complètement pompé de l’Internet mondial

D’après le guide, c’est l’une des plus grandes cavernes d’Amérique latine. Alors, il faut savoir que c’est le même guide qui nous annonçait trois heures plus tôt qu’il y a des lacs à 6000 mètres d’altitude en Europe… M’enfin face à un spectacle pareil, je veux bien croire que le site impose son respect à travers tout le continent.

La problème quand un guide commence à sortir des conneries pareil, c’est qu’on commence à douter de tout ce qu’il dit. Encore plus quand il nous annonce que ce phénomène étrange quand la lumière passe à travers un certain caillou est dû à la photosynthèse.

300 mètres sous terre.

LA PHOTOSYNTHÈSE.

Et que c’est aussi la photosynthèse qui fait les arc-en-ciel…

Enfin, je me moque, je me moque, mais quand même, c’était top, quelques niveaux au-dessus des catacombes de Paris !

Chapitre 6 : (En haut)³

Après une bonne nuit de sommeil -ou de combat contre les moustiques -c’est pas compliqué, je me suis fais bouffer les pieds. J’ai du balancer mes chaussures, je marche sur deux moignons maintenant.-, un nouvel objectif en hauteur :

Bon, l’autre jour on a grimper au nord, hier on est allé à l’est… On fait l’ouest ?

Ce truc là. On l’a attaqué par la gauche.

C’est ainsi que nous nous sommes lancé dans l’ascension du mont qui nous faisait de l’œil depuis le début de notre séjour. Placé juste derrière le Rumi Kipu, il nous promettait une belle randonnée et, d’après Alfonso, des formations rocheuses “Spectacular”!

Alors nous avons marché.

Et j’en ai chié des briques, comme on dit dans l’jargon.

C’était loin.

C’était haut.

Mais whouhaou.. C’était beau.

Pour commencer, nous avons traversé un labyrinthe fait de pierre creusées par l’eau… Bon le labyrinthe arrive à la taille, donc c’est pas trop dur mais quand même, ça a de la gueule !

C’est pas la meilleure de mes photos, mais c’était pas facile à capturer… Imaginer ça sur… 3/4 kilomètres.

Puis nous avons atteint le sommet pour nous prendre une vue à 360 dans la tête… De là, on a pu pointer plein de sommets à cibler pour des opérations “On va là bas !“. Et puis des formations rocheuses toute plus surprenantes les unes que les autres.

Il y a un personnage d’un jeu, Taliyah, qui ride des rochers qu’elle fait sortir de terre… J’avais un peu l’impression de voir sa trace

C’était bien.

Ça en fait des pics à atteindre…

Après une redescente plus longue que prévue, remplie de

Mais putain, on approche pas du tout !

il ne nous restait plus qu’à travailler un peu et…

Ah oui, le travail !

Chapitre 7 : Toute balade mérite travaille

Le Rumi Kipu est un endroit assez récent : si mes souvenirs sont bons, il a ouvert il y a seulement trois ou quatre ans. Et le terrain est grand. Et plein de cailloux. Bref, il y a plein de chose à faire. Alors tout les jours, après nos diverses excursions, nous attrapions une pelle, une pioche, une brouette, et nous creusions des trous pour nos chers hôtes.

De cette manière, nous avons contribué à la solidification d’un mur sur le point de s’écrouler, ainsi qu’à la mise en terre de pieds de lavandes et d’oliviers.

C’est vraiment le genre de travail que je trouve très satisfaisant. Par exemple, pour les oliviers, nous avions un terrain tout gondolé, plein de graviers, de caillasses et même de plaque de ciment. Après deux jours. Le terrain était applani, bien plus sain qu’à l’origine, et surtout, sept minuscules pieds d’oliviers étaient plantés, observant la vallée d’un regard plein de défi.

On était assez fier de les voir tanguer au gré du vent protégés par de grosses pierres trouvées un peu plus haut sur le terrain.

Conclusion

Je reviendrai. Je ne sais pas quand, je ne sais pas avec qui, mais il ne fait aucun doute que je reviendrai. Il y a tellement à faire dans ce parc, tellement de randonnées, de points de vues à atteindre ! Et puis, je dois rendre visite aux oliviers…

Enfin, pour le moment, c’est direction Cochabamba pour prendre un peu de repos !

Éli, sur le départ, ne tenant plus en place

Crédit photo Daniel DAUSCH-IBAÑEZ et Armand BENOIT.

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