La plage

 

Lima, c’était sympa. Mais on n’a pas fait grand chose de foufou. Enfin rien qui ne mérite d’être raconté. Bon, on a fait de l’escalade, c’était cool. Et puis on a bien bouffé. Et on a pas mal discuté avec nos hôtes, Lucian et Kike, des gens adorables. Mais surtout, on est allé se promener sur la plage. Et du coup, faut que je vous parle d’un truc.

Il y a quelques années, j’ai démarré un projet : au travers de plusieurs nouvelles, plus ou moins longues, j’ai commencé à décrire un monde post-apocalyptique. Et puis j’ai commencé à me dire que les nouvelles, c’était pas suffisant. Alors j’ai commencé à penser à un jeu de rôle, ainsi qu’à un jeu vidéo. C’est comme ça qu’est né le projet triptyque : Le monde d’Après.

Mais il y a quelques temps, j’ai un peu perdu l’inspiration, et dans la foulée, la motivation. Ça ne me dérange pas d’avancer lentement : je savais le projet énorme, j’avais tout mon temps. Mais ne pas réussir à avancer du tout… C’est dur. Comme j’avais pas mal de chose dans ma vie à ce moment, j’ai décidé de mettre tout ça en pause.

  • Puis je suis allé à Lima.
  • Puis je suis allé sur la plage.
  • Puis je me suis pris un coup d’inspiration dans la gueule.

Derrière la maison de Lucian et Kike, une plage s’étend vers le sud. Elle est vraiment pas belle. Elle est dégueu, l’eau est gris/marron… C’est pas fou quoi. En plus il y avait un début de brouillard et Daniel avait mit ce groupe qu’il voulait me montrer, un truc un peu underground, au rythme très lent. L’ambiance était vraiment sinistre. Et d’un coup, j’ai eu l’impression d’être sur une plage de nouvelle Californie, dans Fallout. Glauque à souhait. Alors j’ai commencé à l’adorer cette plage sinistre.

  • Et j’ai commencé à prendre des photos.
  • Et j’ai commencé à penser à l’histoire d’un rescapé qui débarque là, après l’apocalypse.
  • Et là, je vous la propose cette histoire.

Dernière petite note : il s’agit d’un texte d’ambiance. Si possible, isolez vous, écoutez la musique proposée avec un casque ou des écouteurs, et enfin, le best du best pour toute immersion, c’est d’être dans l’obscurité. Bonne lecture !

/!\ Une photo pourrait choquer les plus sensibles, vous êtes prévenus /!\

 

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Vous ouvrez un œil, puis, lentement, l’autre. Comme tout les matins depuis plusieurs semaines, la houle accompagne votre réveil, et elle accompagnera votre journée. Alors que vous vous levez péniblement, vous avez une pensée pour votre vie passée. Il y a seulement trois semaines, vous étiez encore un touriste découvrant les merveilles du Parc Yosemite.

Puis, le monde est devenu fou.

Après les évènements cataclysmiques qui ont ravagé la Terre, vous avez passé quelques semaines à survivre dans les rues dévastée de Los Angeles. Là, on racontait qu’une ville avait résisté à l’apocalypse. Alors vous avez trouvé un bateau miraculeusement rescapé et vous êtes parti pour le sud.

En sortant de la votre cabine, l’air marin vous donne un coup de fouet. C’est une belle journée. Et surtout, une journée unique. Droit devant, vous apercevez l’île San Lorenzo, située au large de votre objectif : Lima. Après quelques heures, la ville apparaît sur la côte. On ne vous avait pas menti : une grande partie de la ville est situé sur un plateau, ainsi, elle a pu échapper à la force dévastatrice du tsunami qui a ravagé les côtes sur des centaines de kilomètres.

Par temps d’apocalypse, les villes ne sont plus sûre. Étant pleines de vivres et autre ressources indispensables à la survie, elles sont souvent le théâtre d’affrontements meurtriers. Vous décidez donc d’accoster quelques kilomètres au sud de la ville.

En fin de matinée, vous posez le pied sur une plage déserte. Sur la ligne d’horizon, les montagnes baignent dans un brouillard épais. Vous apercevez le corps d’un homme bercé par les vagues. Une vision ordinaire dans ce nouveau monde.

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Alors que vous progressez sur la plage, une ambiance lugubre vous entoure. Arrivé sur la dune, vous vous retrouvez devant un paysage dévasté qui n’a manifestement pas échappé aux vagues gigantesques. Les habitations de fortunes qui siégeaient là ont été rasée et la végétation se meurt, assassinée par le sel déposé en masse sur des centaines d’hectares.

Vous décidez de longer la plage vers le nord, afin de rejoindre les premières habitations. Le calme plat n’est perturbé que par le son régulier des vagues et les oiseaux qui se battent pour trouver de la nourriture. Bien sûr, vous apercevez de magnifiques nuées de mouettes, ainsi que quelques goélands. Pour eux, la vie n’a pas vraiment changé. Ni pire, ni meilleure qu’avant. En revanche, les mastodontes noirs qui attendent sagement que la mer rejette un nouveau cadavre vous font froid dans le dos. Pour eux, cette nouvelle existence est une aubaine. Les vautours sont descendus dans les villes et ne craignent plus les humains. On raconte parfois que certaines nuées en auraient même attaqué !

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Le groupe qui patiente devant vous semble pacifique. Il est évident qu’ils vous ont remarqué depuis longtemps, mais pas un ne bouge. Ils observent l’horizon, comme à la recherche de quelque chose, d’un objectif, d’une quête… Non, vous vous faites des idées, ils veulent seulement manger. Quatre d’entre eux sont perchés sur des piliers en bois, dominant ainsi le groupe de deux mètres, comme un conseil d’anciens, qui prendrai les décisions pour la communauté. Des vautours organisés en communauté…

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Alors que cette pensée vous fais sourire, quelque chose se passe. Un premier « ancien » décolle et se dirige vers le nord. Puis deux autres suivent en lançant un croassement sinistre, et enfin, c’est tout le groupe qui s’élance vers la direction que vous suivez. Vous avez probablement manqué un signal indiquant une source de nourriture.

Voilà environ une demi heure que les vautours se sont envolés vers le nord quand vous longez une zone marécageuse. Là, des milliers de mouettes ont élues domiciles. Alors que vous passer à proximité, un coup de feu retentit de l’autre côté du marécage, suivit d’une détonation. Votre sang ne fait qu’un tour et vous vous jetez au sol alors qu’un nuage blanc d’oiseaux s’envole et vous frôle de tout côtés. Après quelques instants, c’est une rafale qui déchire le silence. Ce son vous le connaissez trop bien : cela fait longtemps que les armes automatiques sont devenues courantes à Los Angeles.

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Vous restez ainsi, immobile dans le sable, pendant de longues minutes. Par-dessus le bruit des vagues, vous entendez les battements de votre cœur, comme s’il s’agissait d’un tambour de fanfare. Pourtant vous êtes si silencieux, si immobile, que peu à peu, les mouettes se posent autour de vous, puis sur vous.

Voilà un moment que vous faites parti du décor, quand vous décidez que le danger est éloigné. Vous vous levez, provoquant un nouvel envol massif, tout en priant pour que personne ne le remarque. Au loin, un nouveau groupe d’immense oiseaux noirs se dirigent vers le lieu de l’affrontement. Sur votre gauche, vous remarquez les premières traces de civilisation : deux panneaux publicitaires laissés à l’abandon et une série de parasols ayant curieusement résisté au tsunami.

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Derrière les panneaux, un hangar marque la limite d’un quartier résidentiel. Ce genre de quartier, placé à l’écart de la ville, se trouve souvent occupé par des gangs désirant un camp tranquille. Vous décidez donc de rester sur la plage. Une petite dune vous sépare des maisons : s’ils ne sont pas trop curieux, ils ne vous verront pas passer.

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Marcher dans le sable est épuisant. Voilà quatre heures que vous progressez irrémédiablement vers le nord. Vous savez qu’une fois en ville, à n’importe quel instant, vous pourriez vous faire tuer par une balle perdue, un effondrement, ou, plus simplement, mauvaise rencontre. Vous tentez désespérément de supprimer ces sombres idées de votre tête, quand un nouveau spectacle s’offre à vous : vous avez retrouvé les vautours.

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Quelques dizaines de mètres plus loin, les charognards se disputent une carcasse de lion de mer. Une seule pensée vous traverse l’esprit : s’il n’est pas trop vieux, vous pourriez trouver de quoi manger sur ce cadavre, au moins pour ce soir. Les oiseaux s’envolent quand vous vous approchez et tournent autour de vous en poussant de terrible cris, comme pour vous reprocher d’interrompre un festin. À peine arrivé à proximité, vous vous rendez à l’évidence : impossible d’ingurgiter quoi que ce soit, même bien cuit, sans tomber malade. Cet animal doit être là depuis des jours.

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Désespéré, vous reprenez votre chemin, mais quelque chose retient immédiatement votre attention. Loin devant vous, un nouveau parasol git sur la plage. Dessous, un homme attend, seul. Celui-là vous ne pourrez pas l’éviter. Peut-être a t-il des vivres… ou des informations sur la ville.

Méfiant, vous vous approchez.

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Crédit photo/vidéo : Daniel Dausch Ibañez & Armand BENOIT

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